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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 16:34

...ou comment faire en 4 jours en bus sur des routes qui n’existent pas ce qui pourrait prendre une heure et demie en avion.

 

Episode I : Luang Prabang – Oudom Xai, la grande illusion

Samedi 8 h du mat, nous attendons dans la guesthouse le mini-van qui doit nous emmener en 5 heures dans la petite ville d’Oudom-Xai, première étape de notre traversée du Nord-Laos jusqu’à la frontière vietnamienne puis jusqu’à Sapa, via Muang Khua au Laos et la célèbre Dien Bien Phu au vietnam. Le mini-van arrive à peu près à l’heure. Il a 8 places et 3 personnes y ont déjà pris place ; avec nous 5, le compte est bon, sauf que 2 personnes nous rejoignent quelques minutes plus tard. Avec les bagages, on est carrément serrés, mais le chauffeur nous rassure en nous disant que dans 5 minutes on change de mini-bus et effectivement 5 minutes après on arrive au terminal de bus où nous nous faisons alpaguer par plusieurs chauffeurs (vous ai-je préciser qu’à ce stade, je n’ai aucun billet alors que j’ai payé le voyage la veille à la guest-house ? je commence à me demander si je ne me suis pas fait avoir et s’il ne va pas me falloir repayer le trajet) On prend donc place dans un minibus climatisé et presque neuf, qui charge nos bagages sur le toit. Le véhicule est presque plein, mais comme il reste une place, on ne part pas. A quelques dizaines de mètres, on aperçoit un vieux bus bondé et le toit (sur)chargé de cargaisons subitement déchargé avec ses passagers descendant par les fenêtres ; on ne saura pas la raison de ses mouvements, sauf que l’on pourra constater les jours suivants que descendre par la fenêtre des bus est une pratique courante au Laos. Du coup, on récupère 2 candidats au voyage, mais nous n’avons qu’une place ; le réflexe premier du chauffeur est (comme souvent) de demander à Paul de se mettre sur les genoux de son frère. Il me faut faire preuve de conviction (et un peu montrer les dents) en expliquant que Paul a payé sa place plein tarif et qu’à ce titre, il n’est pas question qu’il partage une demi-place avec son frère. Finalement nous partirons avec chacun son siège mais une heure trente plus tard que prévu.

La première moitié du voyage se passe bien ; nous longeons une vallée fluviale et du coup la route ne tourne pas beaucoup. Vers midi, le bus s’arrête, pause déjeuner pour 30 minutes. Surprenant, mais bon, ça permet de se dégourdir les jambes. Après le repas, nous reprenons la route et devons changer de vallée ; il nous faut alors grimper une montagne, franchir un col et redescendre vers l’autre vallée. La route du coup se met à virer de manière beaucoup plus prononcée et les parties asphaltées succèdent aux pistes caillouteuses. En s’élevant, le paysage, comme souvent, devient extraordinaire.

 

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On traverse des villages tout droits sortis du 19e siècle, avec les cochons gambadant au bord de la route et les enfants jouant avec de vieux pneus et des bâtons (quel contraste avec Paul ayant le nez rivé sur sa DS !), on aperçoit les massifs boisés, les vallées encaissées les champs dont on se demande par où les paysans y accèdent. Mais il faut reconnaître qu’on est surtout concentrés sur nos estomacs qui sont sérieusement éprouvés par la succession de virages. Nous finissons par arriver à Oudom Xai sans encombre. Heureuse surprise, nous dégottons facilement une guesthouse ultra-propre et pas chère. Nous restons 2 nuits à Oudom Xai, pour d’une part ne pas enchaîner les transports trop vite et d’autre part visiter cette ville, carrefour des routes venant de Chine et du Vietnam. D’ailleurs, quand nous nous y baladons, on est un peu l’attraction, les touristes y restant rarement plus longtemps qu’un transit d’une nuit, ce qui d’ailleurs n’est pas étonnant vu le peu d’intérêt de la bourgade.

 

Episode 2 : Oudom Xai – Muang Khua, l’illusion perdue

Lundi 9h30. Comme nous n’avons pas réussi à avoir d’information fiable sur l’horaire du bus entre Oudom Xai et Muang Khua, nous nous rendons au terminal de bus un peu plus tôt que l’horaire le plus tôt qu’on nous avait donné, soit 10 heures. Le « bus » est là, un vieux Daily Iveco. On achète nos billets et on apprend que le bus part... à 11 heures. Pas grave, on s’installe tranquillement (le voyage enseigne la patience). Bien nous en prend car 10 minutes plus tard, le chauffeur commence à charger des cartons de carrelage dans l’allée centrale (qui serviront de strapontin) et sous les sièges de sorte que les passagers auront les genoux sous le menton (mais pas nous parce que comme on était là, ils n’ont pas osé nous mettre du carrelage dessous).

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Le bus se charge petit à petit et vers 11 heures, le bus est presque plein, mais il reste des places sur les strapontins. Une famille laotienne arrive et c’est bon, on est plein. Du coup, on part vers 11h30. Au bout d’une demi-heure, arrêt déjeuner. Puis nouvel arrêt pour décharger les carrelages et après quelques virages, au bout de 4 heures, on finit de parcourir les 80 km de notre trajet. Muang Khua, c’est un peu le bout du bout du monde. Après l’heureuse surprise hôtelière d’Oudom Xai, on s’attend à trouver facilement une guest-house à notre goût. Que nenni, c’est la douche froide (au sens propre !). Difficile dans ce village de trouver un logement correct. Après avoir tourné pendant quelques temps, nous nous rabattons sur le meilleur hébergement du village, une guesthouse avec des chambres juste correctes avec salle de bain-douche-toilettes à la turque (sans lavabo ; pour se brosser les dents, c’est rinçage à la douche et recracher dans les toilettes... la classe). Inutile de dire qu’ici, on passe pour des extra-terrestres. Les vieilles dames n’ont d’yeux que pour Paul, et les jeunes gars pour Mathilde (et ils n’ont pas les yeux dans leur poche). Le village est assez sympa et surtout nous permet de voir dans quelles conditions vivent réellement les laotiens.

 

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Intéressant de voir une villageoise partir au champ en habit traditionnel... avec le téléphone portable à l’oreille, ou encore cette passerelle suspendue dont le platelage en tôle est plein de trous de rouille et qui bouge quand on marche dessus.

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Episode 3 : Muang Khua – Dien Bien Phu, la grande vadrouille.

Mercredi, départ vers Dien Bien Phu. Comme à Oudom Xai, nous n’avons pas réussi à avoir des renseignements convergents sur l’horaire du bus. Cela oscillait entre 4 et 5 heures du matin. Du coup, on se présente à la rivière (qu’il faut traverser en barque pour atteindre le départ du bus) à 4h30. Embarquement dans le noir en essayant de ne pas mettre un pied dans l’eau, puis débarquement au bout de 2 minutes 20. Nous arrivons devant le bus de 20 places, nous sommes environ 12 personnes. Pour l’instant tout va bien... pour l’instant. Le contenu d’une seconde barque arrive quelques minutes plus tard, on est à peu près 20, ça commence à se tendre, il va probablement falloir passer les 7 heures du trajet debout. Le chauffeur commence à charger les bagages et surprise, il ne les met pas sur le toit, mais... sur les sièges. Là c’est clair, on ne sera pas tous assis, d’autant que des locaux affluent et que 3 parisiens arrivent en dernière minute et passent devant tout le monde pour prendre les 3 meilleures places (en fait, j’en sais rien s’ils sont parisiens, préjugés, préjugés). Les portes s’ouvrent et on commence à monter. Je pousse un peu Mathilde afin qu’elle se faufile avec Paul pour qu’eux au moins aient une place correcte. Nous montons dans les derniers avec Carole et Louis. Carole et moi nous retrouvons assis sur les sacs posés sur les sièges (si, si, c’est possible, essayez d’imaginer), et Louis sur un strapontin ou il se retrouve avec les genoux au niveau des épaules. Le chauffeur est un magicien, puisqu’il arrive à faire rentrer 35 personnes dans un bus de 20.

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Nous démarrons pour 100 km au Laos, puis 30 km au Vietnam (oui, oui, 130 km en 7 heures). La route est comment dire, inexistante. En fait, elle est en construction. C’est une grande piste de terre damée qui serpente au plus près du relief, qui monte (beaucoup), qui descend (pas mal) et qui tourne (énormément). Heureusement, à 15 km/h dans les virages, on n’a pas l’estomac trop indisposé. Quelques haltes pour le petit déjeuner (soupe de nouilles pour Louis), le poste frontière du Laos, puis vietnamien avec petit salut à la statue de la l’oncle Hô. Le paysage est toujours splendide. Nous montons au petit matin et surplombons les vallées brumeuses. Nous nous demandons quand même si on n’a pas pris trop de risques avec ce trajet. Entre les travaux, les passages au ras du ravin, les odeurs de brûlé venant des freins en bas des descentes (le bus a une sacrée surcharge pondérale), on se demande si on est vraiment en sécurité. Finalement, après avoir changé nos derniers kips laos en dongs vietnamiens dans les rues du dernier village du Laos, puis s’être fait prendre la température à la frontière vietnamienne (heureusement qu’on n’avait pas de fièvre, sinon, on était bon pour faire demi-tour), et enfin traversé les rizières, nous finissons par arriver fourbus à la tristement (pour les Français) célèbre ville de Dien Bien Phu. Mais, ça c’est déjà le Vietnam, alors, le dernier volet de notre tétralogie, c’est pour très vite...

 

Post-Scriptum : comment ne pas avoir une pensée émue pour Christchurch. Quand nous y étions, nous pensions constamment à la  possibilité d’un séisme. Ça fait bizarre de se dire que c’est la flèche de cette cathédrale qui s’est effondrée.

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Published by Fabien - dans Laos
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commentaires

audrey 02/03/2011 19:56


Je compatis à 100%!!!!!Ces voyages sont très éprouvants, mais tellement plus authentiques! (ça, c'est ce qu'on dit une fois qu'on est rentré :-))


carole 09/03/2011 09:28



ça rejoint le "plus tard on en rigolera" de Fabien !



moumoule 01/03/2011 19:35


Salut les pempoys qui survivent a tout. Quand je pense que mes 3 enfants ralent a bloc après 5 km en C4 picasso grand luxe. Je t,en foutrait moi, un bon stage au Laos.


carole 09/03/2011 09:10



L'avantage quand tu fais 10-12 heures de bus, c'est que quand y'en a plus que 6, tu trouves que finallement ça passe vite !


C'est sûr qu'après le voyage, les 2h30 pour aller voir les grands-parents seront de la rigolade.



Frédérique 01/03/2011 09:47


C'est un véritable périple et il faut aimer les voyages pour accepter tout ça.
Prenez soin de vous et bonne route. Continuer à nous faire rêver
Bisous et nana


carole 09/03/2011 09:08



Oui il faut aimer...je ne suis plus sure de vouloir repartir un jour...du moins dans ces conditions !



william 28/02/2011 16:54


heu...je démens la couleur de l'alcootest...il n'a pas viré...par contre, celui du chauffeur du mini van....il dit quoi?? vous avez vérifié?


carole 09/03/2011 09:03



On se demande toujours s'ils sont vraiment sobres...puis finalement on se dit qu'il vaut mieux ne pas savoir.



les4S 28/02/2011 15:50


Ah !!! Les joies du transport en Asie...

On vous envoie de gros bisous il faut qu'on retourne à la préparation du diaporama. Mais vos articles nous permettent de souffler un peu.
Bon suite...


carole 09/03/2011 09:02



Je dois dire que la fatigue aidant, j'ai un peu plus de mal à supporter les longs voyages qu'en  amérique du sud !


Pour vous ça approche, bon courage



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