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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 18:11

Une fois n’est pas coutume, je vais me lancer dans une explication historique (que les spécialistes me pardonnent et surtout me corrigent s’il y a lieu, je ne suis pas agrégé d’histoire...), tellement le lieu que nous avons visité a eu d’importance dans la génèse de notre société moderne, autant que le Big Bang dans la création de la Terre (j’exagère à peine). Je vais vous parler de l’histoire de la ville de POTOSI et de ses mines d’argent, située sur l’Altiplano, à plus de 4000 m d’altitude, ce qui en fait la ville de plus de 100 000 habitants la plus haute du monde.

 

L’histoire commence a

u temps des Incas. Ceux-ci connaissent l’existence de filons d’argent dans une montagne mais ne l’exploitent pas car celle-ci est sacrée. Arrivent les Conquistadors, en quête de l’Eldorado. Ils entendent parler de cette fameuse montagne, la trouvent, la nomment le Cerro Rico (le mont riche)

 

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et ni une ni deux se mettent à l’exploiter. Enfin, quand je dis se mettent à l’exploiter, je devrais plutôt dire, se mettent à exploiter les Indiens qui eux exploitent la mine. Au début, c’est fastoche, il y a tellement d’argent, qu’on en trouve à même le sol, quasiment pur. Mais au bout de quelques années, ça se corse, il faut creuser la montagne pour trouver des filons. Aucun problème, les Indiens sont réquisitionnés en masse et obligés de travailler dans les mines plusieurs mois par an dans des conditions qui feraient passer Germinal pour une délicieuse partie de plaisir.

Lorsque le Vatican reconnaît aux indiens le fait qu’ils ont une âme, les Espagnols les remplacent dans les mines par des esclaves noirs, venant d’Afrique.

Pendant ce temps, la ville de Potosi est créée ; d’abord une cité minière, puis l’attrait de l’argent attirant nombre d’aventuriers du vieux continent, une véritable ville, pour devenir au 17e siècle la plus grande ville du monde occidental avec 160 000 habitants (à cette époque, et pour comparer, Londres ne compte que 50 000 habitants, et Paris 40 000).

 

Il part de Potosi des centaines de tonnes d’argent chaque mois vers l’Espagne qui reçoit pendant plus de 150 ans une fortune tombée du ciel.

La mine est tellement prolifique qu’elle donne lieu a des expressions encore en vigueur aujourd’hui : le « vale Potosi » espagnol, a comme pendant le « c’est pas le Pérou » français (à l’époque, Bolivar n’ayant pas encore libéré l’Amérique latine, la Bolivie s’appelle Haut Pérou).

La Couronne espagnole crée à Potosi une Casa de la Moneda (maison de la monnaie), où sont frappées les pièces d’argent valables dans toutes les colonies espagnoles : les reales. A l’instar du billet vert aujourd’hui, la pièce de 8 reales d’argent avait cours dans le monde entier (à noter que les pièces étaient à 97 % en argent et 3 % en cuivre, car l’argent pur était trop mou et on pouvait en gratter des morceaux à la main). C’est dans cette maison que les pièces de monnaie seront frappées en Bolivie jusqu’en 1950. Le comble, c’est qu’après avoir été un des premiers pays d’Amérique du Sud à frapper de la monnaie, la Bolivie fait aujourd’hui frapper ses pièces à l’étranger, au Chili et en France (ils avaient plein d’argent, mais pas du tout de nickel).

 

 

Quelle importance pour le monde occidental ?

La quantité d’argent (au sens métallique du terme) pillée à la Bolivie et convoyée jusqu’à l’Espagne est difficilement imaginable. On disait à l’époque qu’avec tout l’argent des mines de Potosi, on aurait pu construire un pont en argent entre Potosi et Séville (ce qui dans l’optique d’un tour du monde aurait été assez pratique). La valeur marchande en est encore plus difficilement imaginable.

Paradoxalement, ce n’est pas l’Espagne qui en tirera le plus grand bénéfice.

Les Espagnols, profitant de cette manne, adopteront un train de vie fastueux, dépenseront sans compter, ce qui enrichira les artisans de l’Europe entière, et deviendront usuriers, en prêtant beaucoup d’argent aux pays voisins et notamment à l’Angleterre pourtant rivale. Cet afflux ininterrompu d’argent endormira les Espagnols qui jamais ne se lanceront dans les innovations importantes de l’époque. C’est au contraire l’Angleterre puis les pays du Nord (Hollande, Allemagne, France...) qui financeront leur révolution industrielle, indirectement grâce à l’argent des mines de Potosi.

 

 

Quels bénéfices en ont tirés les Boliviens ?

Aucun, les indiens sont massivement morts dans les mines (on disait également à l’époque qu’on aurait pu faire un pont entre Potosi et Séville avec les cadavres des mineurs indiens morts de leur travail) et ont été totalement dépouillés des biens de leurs terres.

 

Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

La Bolivie a nationalisé ses mines dans les années 50. Mais elles ne contenaient quasiment plus d’argent, on exploitait alors les filons d’étain. Les mines ont été déclarées officiellement épuisées en 1992, mais l’état a laissé les mineurs s’organiser en coopératives pour continuer d’exploiter une mine épuisée ! Aujourd’hui, sur 500 coopératives créées en 1992, un cinquantaine est toujours active, employant quelques 10 000 mineurs, travaillant dans les mêmes conditions que leurs ancêtres. Les mieux payés (ceux qui creusent) peuvent gagner 250 euros par mois, mais le prix à payer pour ce luxe est leur faible espérance de vie (environ 45 ans).

 

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D'ailleurs, pour tenir le coup, c'est feuilles de coca et alcool à 96° qu'ils boivent pur !

 

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C’est un sentiment très bizarre de visiter ces mines avec à la fois les mineurs d’aujourd’hui et leurs conditions de vie si dures, et le poids du passé avec l’impact qu’a eu cette mine sur le monde occidental.

Quoi qu’il en soit, je crois que ça restera un moment fort et marquant de notre tour du monde.

 

Voila, j'espere ne pas vous avoir ennuyes. Pour les photos, ça y est, elles sont dans l'album "Bolivie"

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Published by Fabien - dans Bolivie
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commentaires

Frédérique 12/09/2010 03:18


Pour faire comme ceux qui ont déjà laissés des commentaires : ennuyeux certainement pas mais très instructif et j'en réclame encore.
Merci pour cette page d'histoire, peu répandue mais fort intéressante.
Nana


carole 14/09/2010 16:30



On a appris beaucoup de choses ce jour là.



FOUET 11/09/2010 19:16


super...merci pour ces explications ...bonne continuation


carole 14/09/2010 16:29



Merciiii



Virginie 11/09/2010 13:34


Merci pour ce passionnant cours d'histoire !
Une fois de plus, l'argent a décimé tout un peuple...
Bonne continuation !
Biz à vous 5


carole 14/09/2010 16:28



C'est triste et on comprend mieux le fatalisme des Indiens...



Xilbi 11/09/2010 07:52


Ben voilà, non seulement nous visitons le monde en votre compagnie, mais nous apprenons des pans d'histoire inconnu...J'adore !!
Bonne continuation.
PS : ce week end, Arte diffuse un documentaire sur le Macchu Pichu, j'observerai bien si on voit des gens montaient à pied, frontales vissées sur la tête....on ne sait jamais !! LOL !!


carole 14/09/2010 16:27



Bon est-ce qu'on y était alors dans ce doc ????



Armelle 11/09/2010 07:52


Quelle belle leçon d'Histoire de bon matin...pas du tout ennuyante. Maintenant j'attends les photos.


carole 14/09/2010 16:26



C'est certainement simplifié au maximum, mais ça aide à comprendre pas mal de choses...



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