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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 04:32

 

Choquequirau est une cité inca jamais découverte par les Conquitadores espagnols. Et pour cause ; elle se situe sur un massif à 3000 mètres d’altitude, à bonne distance de toutes les voies de circulation. Les incas s’en servaient de refuge après avoir quitté le Machu Picchu et ont détruit tous les chemins y menant pour la préserver des Espagnols.

Elle a été découverte au début du XXe siècle par un Français (cocorico), mais elle était enfouie sous la végétation et les travaux de restauration n’ont commencé qu’en 1992, suite notamment à un accord avec la France qui a tout simplement effacé la dette du Pérou pour permettre à ce pays de démarrer les travaux archéologiques à Choquequirau (moi je veux bien faire des fouilles dans mon jardin si ma banque efface ma dette...).

Aujourd’hui, environ 30 % du site a été restauré, le reste est toujours « à couvert » et on estime que lorsque tout sera restauré, le site sera l’équivalent du Machu Picchu.

 

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Le site est donc visitable, mais l’accès y est encore plus ardu que pour le Machu Picchu. En plus, pas d’alternative, il faut marcher. Deux jours de marche pour y aller, deux jours de marches pour revenir. Entre les deux, deux à trois petites heures de visite. 65 km et 3500 mètres de dénivelé positif, 3500 mètres de dénivelé négatif (en cumulé). Grosso Modo, le premier jour on descend de Cachora vers la rivière (le Rio apurimac), 19 km et – 1500 m, le deuxième jour on monte vers Choquequirau, 14 km et + 1500 m, le troisième jour, on descend ce qu’on a monté le deuxième jour, et enfin le quatrième jour, on remonte ce qu’on a descendu le premier jour.

Même pas peur, on se dit qu’on va le faire. Visiter une cité perdue, que pas grand monde, même pas Pizarro, n’a vu, c’est séduisant. Et puis bon, la marche on aime ça.

On se trouve un guide (on passe pas par une agence, parce que c’est deux fois plus cher) pour nous accompagner. Il nous donne rendez-vous à 5 heures du mat le premier jour parce qu’il y a 4 heures de route avant le village de Cachora, point de départ du trek. On trouve un mini-van pour nous emmener et après 3h30 de route, nous arrivons à Cachora vers 9h30, plein d’entrain et pressés de partir marcher « à la fraîche ».

Le guide nous trouve un muletier, et là, surprise, on doit attendre jusqu’à 13 heures avant de partir parce que les mules ne seront prêtes qu’à partir de ce moment-là. On doit attendre dans un village où il n’y a rien à faire, à part partir marcher, tout en voyant le soleil (et la température !) monter. Finalement, on part vers 12h30 et surprise, les mules ne nous suivent pas, elles nous rejoindrons pendant le trajet (finalement, on aurait pu partir dès 9h30).

On démarre, et deuxième (mauvaise) surprise, le guide demande son chemin aux paysans du coin (au moins, il ne nous perd pas) et nous dit qu’il n’a plus refait ce trek depuis 3 ans (on commence à se demander si on est en de bonnes mains). La balade commence, agréable malgré la température qui aurait pu être plus fraîche, c’est parti pour plus de 5 heures de marche. On est bien armés avec près de 7 litres d’eau pour tous les 5 et des barres de céréales pour éviter les coups de fringale. Ça descend, ça monte (ben ouais, la montagne quoi) pendant un peu plus de 2 heures sur un chemin pas trop difficile jusqu’au col de Capulyioc à 3200 mètres d’altitude. Le décor est beau sans être transcendant (une vallée profonde, mais brumeuse, entourée de hauts massifs, eux aussi voilés par une légère brume – le guide, pour justifier ses émoluments nous dira que la brume vient des écobuages effectués par les paysans entre 2 récolte à cette période de l’année).*

 

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Arrivés au col, changement de décor ; l’autre versant est très abrupt et un chemin serpente jusqu’à la rivière 1500 mètres plus bas. On se dit : « on a fait le plus dur, maintenant y a plus qu’à descendre ! ». On attaque donc la descente la fleur au fusil, mais dès les premiers mètres, les sourires se figent : d’abord la descente est tellement raide qu’elle est difficile, et en plus on se dit que ce qu’on est en train de descendre, il faudra le remonter 3 jours plus tard, et là on commence à se poser des questions, d’autant que notre ami le guide nous précise que la pente sera plus raide encore le lendemain. Paul nous dit « chouette un toboggan, je peux descendre sur les fesses ? ». Parents rabat-joie que nous sommes, nous le lui interdisons, et en plus, on lui dit de faire attention ! Les grands quant à eux, ne nous parlent plus depuis une heure et doivent fomenter des projets de fugue. De toute façon, il est trop tard pour pour faire demi-tour, il faut descendre jusqu’au campement. Chacun descend à son rythme, notre « guide » a 300 mètres d’avance sur nous. Plus les kilomètres passent et plus la descente est pénible. Il faut faire attention à ne pas glisser, il n’y a aucune zone où la déclivité faiblit, et petit à petit les douleurs apparaissent dans les articulations (mes genoux semblent me dire : « tu aurais pu au moins perdre 10 kg avant de nous emmener ici ! »). En fin de parcours, mes ménisques sont très douloureux (j’aime bien dire ménisques douloureux, ça fait sportif de haut niveau ; en fait c’était une douleur à l’extérieur du genou gauche (donc côté gauche du genou gauche), si dans l’assistance un kiné ou un toubib pouvait me dire ce que c’est, merci). Enfin, au bout de 2 heures 30 de descente, nous arrivons au campement ; une espèce de ferme avec des sanitaires et des emplacements pour mettre les tentes. Il est 17h30 ; nous sommes bien fatigués par notre petite rando (c’est la première fois qu’on marche 19 km d’un coup – et en plus à Soustons c’est plat, les dénivelés maxi sont de +/- 3 mètres) et ... le muletier n’est toujours pas arrivé. Il finit par arriver vers 18h, on est bon pour monter la tente dans le noir (et oui, c’est l’hiver au Pérou).

Puis, c’est l’heure de se faire la cuisine. On va faire à manger à la frontale (bon, ça, on le savait). On sort le sac à provision (pour 4 jours en autonomie totale) et – troisième (mauvaise) surprise – les œufs (45 œufs !!) ont été explosés par le muletier quand il a serré les sacs sur la mule, de même qu’un sachet de sauce tomate qui s’est répandu dans une poche (on est vraiment tombé sur la crème de la crème).

Après avoir tout nettoyé, on peut enfin préparer le dîner sous les yeux du guide et du muletier qui bons princes, feront la vaisselle.

On se couche éreintés tous les 5 dans une tente (6 places) pendant que le guide se couche dans une tente à quelques mètres de la nôtre. Il s’endort au bout de quelques secondes, et là – quatrième (mauvaise) surprise – il ronfle ; pas le petit ronflement qui berce, non, la chaudière de locomotive. On a l’impression qu’il est au milieu de nous. Ça ne gène pas Paul et Louis qui s’endorment vite, mais Mathilde, Carole et moi comprenons vite qu’on ne s’endormira pas tant qu’il ronflera. Carole s’essaye au sifflement qui est habituellement très efficace avec moi (enfin, à ce qu’elle dit, parce que moi, je ne ronfle pas...), pas de résultat, elle jette un petit caillou sur la tente du voisin mélomane, pas de résultat. Elle opte alors pour une solution radicale, se lève et va secouer la tente du ronfleur. On peut alors s’endormir en se demandant si ce serait bien raisonnable de poursuivre.

Deuxième jour, lever à 5 heures. Nous prenons finalement la décision de faire demi-tour et de ne pas aller jusqu’à Choquequirau. Nous estimons que notre condition physique ne nous permet pas de tenir 4 jours. Nous craignons surtout de la casse le quatrième jour, où la fatigue cumulée à la difficulté de la montée pourrait causer pépins articulaires ou musculaires, voire une mauvaise chute.

Nous repartons donc par le même chemin que la veille, sauf que ça monte, et pas qu’un peu. 3 heures d’ascension difficile, mais dans la bonne humeur car il fait frais et surtout on connaît le chemin, on sait exactement quand ça va s’arrêter et on sait aussi que ce soir on prendra une bonne douche chaude et qu’on dormira dans un bon lit. Mathilde met 400 mètres à tout le monde, Louis la suit de quelques dizaines de mètres suivi par Carole et enfin votre serviteur ferme la marche en suivant Paul qui aura eu un courage exceptionnel, en marchant les 2 jours sans moufter, et à un bon rythme (même si j’avais voulu, je n’aurais pas pu le dépasser). Petite satisfaction, on a mis un 300 mètres dans la vue du guide dans la montée.

Passé le col, le retour est plus facile avec quelques descentes et montées plus douces. Après 6 heures d’efforts, nous arrivons à Cachora épuisés, et convaincus d’avoir pris la bonne décision.

Nous déjeunons rapidement dans une gargotte du village et prenons le premier mini-bus venu pour vite rentrer sur Cuzco.

A 17 heures, nous sommes à l’appartement, tout le monde à la douche (aaahhhh, la douche !), grosse platée de pâtes, et tout le monde au lit à 19h30 (mmmhhhhh, le lit !).

Tant pis, nous n’aurons pas vu Choquequirau (comme Pizarro), nous y reviendrons dans 30 ans, quand le site sera entièrement restauré et qu’il y aura... un téléphérique.

Vivement notre prochaine étape, dans l'Altiplano. C'est plus haut - 4000 m - mais au moins, c'est plat !

 

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Published by Fabien - dans Pérou
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commentaires

Patrice 06/09/2010 21:11


Bonjour à tous. Je rentre de vacances (seulement 15 jours) et vous retrouve avec plaisir. Super article à lire, je vois que vous gardez toujours les bons moments et l'humour aprés chacun de vos
exploits. C'est bon pour la suite. Bon courage.


Fabien 09/09/2010 02:55



Bonjour Patrice, content de te retrouver. Bonne rentrée



marie 03/09/2010 21:11


enorme !!

coté degats culinaires je te propose les patates aspergées de kerosene (pour le rechaud) c'est delicieux cet arriere gout (vecu au pakistan par une equipe guere plus brillante ) nous y avions aussi
mis fin prematurement quand ça part en couille des le debut il ne faut pas s'acharner

en tout cas je me regale à te lire continue comme ça


carole 05/09/2010 03:08



C'est aussi ce que l'on s'est dit, quand les élèments extérieurs s'en mèlent mieux vaut renoncer ! Avec la fatigue je ne sais pas comment ça aurait pu finir.


 



Geoffrey 30/08/2010 21:28


Toujours autant d'humour dans les textes :o) J'ai bien rigolé, surtout sur le secouage de la tente du guide ! Je vous fais une bise a tous d'Equateur.


carole 01/09/2010 01:24



Coucou Geoffrey, j'espère que ton site va bientôt refonctionner, j'aimais bien rigoler moi aussi en lisant tes aventures !!! Bonne suite de voyage en
Equateur.



Onolog 29/08/2010 11:36


Sage décision : il vaut mieux renoncer à une chose que prendre trop de risques et compromettre tout le reste du voyage (surtout qu'il en reste un gros morceau !).
En tout cas, votre blog reste une bouffée d'air dans cette rentrée morose.
Remettez vous bien pour la suite.


carole 01/09/2010 01:22



On n'aime pas trop se faire mal...et là c'était trop fort pour nous ! Merci de continuer à nous lire.



Mylène 29/08/2010 02:28


Je me régale..chaque jour, j'avantage...
Songez sérieusement au retour à éditer vos récits...sous formes de nouvelles ou d'épopée délirante...succés garanti et public conquis...


carole 01/09/2010 01:21



Merci Mylène, si on arrive à l'imprimer pour garder un souvenir ce sera déja pas mal !!! Bonne rentrée... Bisous aux copains de Paul (et à ses anciennes maitresses
!).



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